LES CAPETIENS
LOUIS VII LE JEUNE, CHEF D'ETAT

 

COMPROMIS ET VOEU DE CROISADE
(PRINTEMPS 1143 - NOEL 1145)

Conclu à l'automne 1142 entre Louis VII et le comte Thibaud de Champagne, le traité de Vitry en Perthois n'a apaisé que temporairement le conflit religieux qui oppose le roi au pape Innocent II. Au printemps suivant, la querelle à propos de l'investiture de l'archevêque de Bourges n'a toujours pas été réglée et les terres du Capétien restent frappées d'interdit.

Le roi de France est dans une impasse. Au printemps 1141, il a juré que Pierre de La Châtre, l'homme du pape élu contre sa volonté, n'occuperait pas le siège d'archevêque de Bourges. Et il entend tenir ce serment. Les cardinaux ont beau soutenir Macaire, l'abbé de Morigny envoyé à Rome par le roi, Innocent II, inflexible, refuse de lever l'interdit qui frappe le diocèse de Bourges. En outre, jaloux de l'autorité morale et de la renommée de Bernard de Clairvaux, qui prêche la réconciliation et dont l'abbaye passe pour la véritable "plaque tournante" de la Chrétienté, le pontife se défie du puissant abbé. Au point qu'il relance la querelle en enjoignant le sénéchal Raoul de Vermandois, dont il n'a pas voulu reconnaître le mariage en secondes noces avec Pétronille d'Aquitaine, de cesser toute relation adultérine avec la soeur de la reine Aliénor, sous peine de le frapper à nouveau d'excommunication.

Conscient du fait que le traité de Vitry, conclu avec Thibaud de Champagne, n'est qu'un marché de dupes, le Conseil royal, dominé par les "durs" emmenés par la reine, se répand en invectives contre le pape, contre le comte de Champagne et sans doute aussi contre Bernard de Clairvaux. De son côté, Louis VII prévient l'abbé bourguignon qu'en cas d'excommunication, les hostilités reprendront aussitôt contre le comte Thibaud. Pendant ce temps, la justice pontificale suit son cours. Lorsque Raoul de Vermandois et Pétronille d'Aquitaine sont de nouveau excommuniés, le roi considère le traité de Vitry comme rompu. L'évêque de Paris vient de mourir. Le Capétien interdit au chapitre Notre Dame d'élire son successeur. Celui de Châlons sur Marne, élu depuis peu, n'a pas encore reçu l'investiture royale. Il refuse de la lui accorder. Et il se prépare à la guerre. Le comte Thibaud s'empresse de s'allier aux comtes de Soissons et de Flandre en négociant le mariage de ses enfants. Voyant ainsi son vassal violer le serment d'allégeance qu'il lui a prêté, Louis VII tempête! Les appels au calme sont inutiles : les armées royales pillent déjà les campagnes de Reims et de Châlons, et attendent l'ordre de passer à l'attaque.
Mais les alliances contractées par le comte Thibaud rééquilibrent les forces en présence, et Louis VII hésite à engager les hostilités. Agresser la Champagne risquerait de provoquer l'embrasement de tout le nord du royaume. Le souverain pousse à la rupture des arrangements matrimoniaux combinés par son vassal en invoquant la consanguinité des futurs époux, situation pour le moins cocasse au vu de ses liens de parenté avec la reine Aliénor.

Finalement, la mort d'Innocent II, le 24 septembre 1143, permet de débloquer la situation. Le nouveau pape, Célestin II, élève de Bernard de Clairvaux et de nature plus conciliante, sait conjuguer rigueur et souplesse. S'il écrit à l'évêque d'Arras pour stigmatiser l'attitude complaisante des évêques de France à l'égard de la politique de Louis VII, il sait également trouver le geste qui permet de désamorcer la crise : il lève l'interdit qui pèse sur les domaines royaux depuis bientôt deux ans. Tout n'est pas réglé pour autant. Le roi n'a toujours pas reconnu Pierre de La Châtre archevêque de Bourges, même s'il autorise l'élection d'un nouveau prélat à Paris et l'installation de celui qui est élu à Châlons. En outre, le pape refuse de lever l'excommunication lancée contre Raoul de Vermandois.
Le 22 avril 1144, une conférence est tenue à Saint Denis. Bernard de Clairvaux comprend très vite qu'Aliénor d'Aquitaine fait obstacle à tout règlement de la question. Manoeuvrant habilement, il parvient à ébranler la détermination de la reine, qu'il persuade d'oeuvrer pour la réconciliation du roi avec Rome et le retour à la vraie royauté selon l'ordre divin. Enfin, la paix est scellée. Louis VII renonce à soutenir la cause de son cousin Vermandois : Raoul et Pétronille resteront excommuniés jusqu'à la mort d'Eléonore, la femme légitime, en 1148. Thibaud de Champagne rompt les engagements de mariage prévus avec les Maisons de Flandre et de Soissons. Revenant sur son serment solennel, le souverain accepte de reconnaître et d'investir Pierre de La Châtre comme archevêque de Bourges, ce malgré de forts scrupules : en ces temps médiévaux, violer un serment n'est-il pas le pire des forfaits? A titre de pénitence, et sans doute aussi poussé par le remords qui l'habite depuis le dramatique incendie de Vitry en Perthois, Louis VII fait savoir, le jour de Noël 1145, qu'il a décidé de partir pour la croisade.

Le plus de la fiche

Page MAJ ou créée le

© cliannaz@free.fr