DESCENDANTS DE CLOTAIRE 1ER : GONTRAN
GONTRAN, ARTISAN DE LA PAIX D'ANDELOT ET BIENFAITEUR DE L'EGLISE
A la fois fidèle à son alliance avec son neveu Childebert II et à son voeu de protéger sa belle-soeur Frédégonde, Gontran réussit finalement en 587 à régler une bonne partie des conflits en suspens grâce au traité d'Andelot. Après cet acte exceptionnel, il consacrera les dernières années de sa vie à la Foi et à l'Eglise.
Tâchant de tempérer les querelles opposant d'une part Childebert II, roi d'Austrasie, et Brunehaut, veuve de Chilpéric 1er, roi de Neustrie et mère du jeune Clotaire II, Gontran a fort à faire pour rester en paix avec ses neveux et ses belles-soeurs. Le roi de Burgondie est cependant parvenu à rétablir un équilibre, certes précaire, entre les différentes régions de l'empire franc. Par le traité inespéré d'Andelot, il va resserer ses liens avec son neveu et successeur Childebert II.
Le traité est signé le 28 novembre 587 par
Gontran, Childebert II et Brunehaut, à Andelot, petite bourgade de la
Haute Marne, au sud est de Chaumont. S'il s'efforce de régler les différends
territoriaux liés tant à l'héritage de Clotaire 1er qu'au douaire de Galswinthe, la soeur de Brunehaut, il prévoit aussi, et surtout,
les procédures qui mettront un terme à la révolte des leudes.
Désormais, ceux-ci ne peuvent plus (mesure destinée à éviter
la félonie) prêter serment à deux souverains francs à
la fois. En outre, les grands se garantissent mutuellement le libre passage
sur leurs territoires respectifs. Un savant jeu de règles successorales
supprime enfin les préséances dont chacun croyait pouvoir réclamer
le bénéfice.
Ce pacte entériné et mis en application, les Francs peuvent enfin
tirer un trait sur leurs querelles intestines et se consacrer à la conquête
de nouveaux territoires. Les Wisigoths seront les premières victimes
de la paix d'Andelot. Gontran décide d'attaquer leurs possessions méridionales,
au prétexte de venger la princesse austrasienne Indegonde, assassinée
avec son époux, Saint Hermenegild, lors de conflits reigieux qui ont
enflammé la péninsule ibérique. L'appât de la conquête
territoriale n'est certes pas étranger à cet engagement, tout
fraternel qu'il soit... Mais l'expédition se solde par un échec
cuisant. Le général wisigoth Récarède remporte près
de Carcassonne une éclatante victoire sur les Francs, dont 500 cavaliers
sont massacrés.
Vers 590, Gontran qui règne depuis près de
trente ans, va, fidèle à la tradition mérovingienne dont
les souverains tentent d'expier leurs méfaits à l'approche de la
mort, consacrer ses dernières années à l'enrichissement
de l'Eglise.
Le roi de Burgondie a déjà fait montre d'une certaine intelligence
religieuse à l'occasion de l'affaire mettant en cause les évêques
Salone d'Ebrun et Sagittaire de Gap. Ces deux frères n'ont revêtu
l'habit sacaerdotal que pour mieux se livrer, et en toute impunité,
à d'abominables exactions. En 577, leurs paroissiens, outrés par
leur comportement, se sont une première fois révoltés.
Les prélats n'ont dû leur salut qu'à la faiblesse de Gontran
et du pape Benoit 1er, qui, abusés par de faux témoignages, les
ont confirmés dans leurs charges. En 578, les évêques récidivent.
Puis, de nouveau, l'année suivante. Convoqués au concile de Châlon
sur Saône, ils s'y rendent en toute insouciance, sûrs une fois de
plus, de ne pas être sanctionnés. Pourtant, ils sont arrêtés
et condamnés à finir leurs jours derrière les murs d'un
monastère.
A partir de 584, Gontran a entrepris la construction de plusieurs abbayes, dont
la principale est celle de Saint Michel à Châlon sur Saône.
C'est dans son église qu'il sera enteré après sa mort,
le 28 mars 593, à l'âde de 48 ans. Dès lors, Childebert
II, son neveu et héritier, réunira sous sa seule autorité
les royaumes d'Austrasie, de Burgondie, d'Orléans et une partie de celui
de Paris.
La rapide sanctification de Gontran, souverain faible, veule, lâche et
cruel, peut paraître surprenante. Mais l'Eglise, à la recherche
de symboles forts, s'est trouvée bien aise de mettre en avant ce roi
qui a été l'un des rares monarques de son temps à protéger
les clercs et les monastères. Il n'était certes pas "le bon
roi Gontran" décrit par Grégoire de Tours, mais il était
quand même un peu moins mauvais que ses frères!
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