FRANCOIS 1ER, CHEF D'ETAT
LA TRAHISON DU CONNETABLE DE BOURBON
(1521 - 1527)

 

LA RUPTURE ENTRE FRANCOIS 1ER ET CHARLES DE BOURBON

Menacé d'être dépouillé de l'héritage de sa femme par François 1er et sa mère, Louise de Savoie, le connétable de France Charles III, duc de Bourbon, répond favorablement aux propositions de Charles Quint. Le 18 juillet 1523, il signe un pacte d'alliance avec l'Empereur et s'engage à prendre les armes contre la France.

Sa cousine Suzanne de Bourbon à peine enterrée, Louise de Savoie se lance dans les chicanes judiciaires afin de s'approprier son héritage. Elle réclame que les biens que la défunte tenait de son père, Pierre de Beaujeu, duc de Bourbon, dont elle était la nièce. En janvier 1522, elle cite l'époux de Suzanne, le connétable Charles de Bourbon devant le Parlement de Paris.
Le veuf pense avoir le droit pour lui. Sa filiation, son contrat de mariage et le testament de sa femme, rédigé en sa faveur à Montluçon, en 1519, devraient lui permettre de conserver l'immense fortune des Bourbons. Certes, mais la demanderesse est la mère du roi. De son côté, François 1er revendique au nom de la Couronne les terres apanagées de l'héritage. Le Parlement, plutôt embarrassé, prend son temps. François 1er ne semble guère se préoccuper de ce dossier qui l'oppose à son connétable. Ce qui ne fait pas l'affaire de Louise de Savoie, pressée de conclure et de gagner.
Certains ont vu dans la requête de Louise de Savoie la vengeance d'une femme délaissée. "Il y a un malcontentement entre roi François et le dit Bourbon à cause qu'il n'a pas voulu épouser Madame la Régente qui l'aime fort", écrit en mai 1523 l'ambassadeur de Charles Quint.

Certains font remonter l'origine de la passion de la comtesse d'Angoulême au temps de la jeunesse de Charles de Bourbon. Des mauvaises langues ont prétendu que le duc devait son épée de connétable aux bontés de la mère du roi plutôt qu'à ses mérites militaires. Il n'est pas impossible qu'il y ait eu une discrète liaison entre le jeune homme et cette femme de quatorze ans son aînée. Pas impossible non plus que, par amour, Louise de Savoie ait proposé le mariage au connétable, veuf ou sur le point de l'être. Ce peut aussi être par intérêt. Louise de Savoie est une tête politique, entièrement dévouée à son fils. Ses peines de coeur, dont personne ne saurait assurer la véracité, et la cupidité que lui prêtent ses ennemis n'expliquent pas tout. Charles de Bourbon est le chef de la plus grande famille de France, puissant, riche et ambitieux. Trop pour que le monarque, qui fut comte d'Angoulême, n'en prenne pas ombrage. L'écrivain Brantôme rapporte qu'à François 1er, qui lui demande en plaisantant s'il est jaloux de la beauté du château de Blois, le connétable répond : "Comment Votre Majesté peut-elle croire que je porte envie à un gentilhomme dont les ancêtres ont été heureux d'être les écuyers des miens!"
Le Bourbon se juge digne du trône tout autant que le Valois. Les mécontents se rassemblent derrière son nom. Il est approché par Charles Quint. Ce dernier, en guerre conte la France, lui a proposé en mai 1521, juste après la mort de Suzanne, un remariage avec sa soeur. Il n'a pas donné suite. Mais le procès va transformer la sourde rivalité entre le roi et son connétable en une lutte sans merci.

Pendant l'été 1522, Charles de Bourbon reprend contact avec l'Empereur. Le 14 novembre, sa belle-mère, Anne de France, meurt. François 1er, qui n'aurait peut-être pas osé défier les Bourbons du vivant de Madame la Grande, intervient directement dans l'affaire. Il donne à sa mère la Marche, les châtellenies de Murat, de Carlat et de Montaigut en Combraille, et fait placer les autres biens objets du litige sous séquestre. Le connétable ne se fait plus guère d'illusions sur l'issue du procès. Il n'a qu'une alternative : la soumission ou la rébellion. Le 18 juillet 1523, à Montbrison, il signe le pacte qui le lie désormais à Charles Quint, le pire ennemi de François 1er. Il accepte d'épouser la soeur de l'Empereur, Eléonore, veuve du roi de Portugal, et s'engage, quand les forces impériales et celles d'Henry VIII d'Angleterre envahiront la France, à attaquer l'armée royale avec ses propres troupes. François 1er, qui prépare une expédition en Italie, sera fait prisonnier quand il passera dans le Bourbonnais.
Le souverain est rapidement informé de la conspiration. Deux petits nobles normands, pressentis pour prendre part au complot, ont libéré leur conscience auprès de leur évêque. Lequel a rendu compte au grand Sénéchal de Normandie, Louis de Brézé, qui a immédiatement prévenu Louise de Savoie. Le 16 août, François 1er, en réponse à un message de sa mère, annonce qu'il séjournera comme prévu sur les terres du connétable de Bourbon. "Je m'en allais dîner à Moulins assez mal accompagné. Mais, puisque je suis averti, je crois que je ferai faillir leur entreprise".

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