UNE REINE REJETEE PAR LA COUR
Peu après son mariage, célébré en juillet
1530 et une très courte lune de miel, Eléonore d'Autriche est délaissée par
François 1er. Connaissant la réputation de séducteur du roi, elle n'espérait
pas qu'il lui soit fidèle, mais s'attendait à un minimum d'égards, alors qu'il
affiche ouvertement sa liaison avec la duchesse d'Etampes. La reine reporte
son amour sur les enfants royaux mais, en retour, ne reçoit qu'indifférence,
voire hostilité.
"Bien que la reine se montre
très éprise de son époux, aucun homme ne se plaît moins avec sa femme. Depuis
sept mois, il ne la voit plus guère, parce qu'il ne la trouve plaisante à son
appétit...", écrit l'ambassadeur d'Angleterre. On ne peut être
plus explicite. Quelques mois après les noces, célébrées en juillet 1530, le
couple formé par François 1er et Eléonore d'Autriche, soeur aînée de l'empereur
Charles Quint, ne fait même plus illusion. Bien que le mariage ait été consommé,
le roi ne le considère pas moins comme l'un des "marchandages" du
traité de Cambrais, la "paix des Dames", signé en août 1529 avec Charles
Quint. Il estime donc ne pas avoir à prendre de gants avec son épouse. Non seulement
il la délaisse, mais en plus il affiche ouvertement sa liaison avec Anne de
Pisseleu, la radieuse et insolente duchesse d'Etampes. Ainsi au chagrin d'Eléonore
s'ajoute l'humiliation publique. Une maternité lui aurait permis de se faire
une petite place au sein de cette Cour hostile. Hélas, ses espoirs de grossesse
ont été déçus. Il ne lui reste plus qu'à faire bonne figure et à sauver les
apparences. A défaut de l'affection de François 1er, la reine cherche à gagner
celle de ses cinq beaux enfants. Profondément bonne, débordant d'amour maternel,
elle leur ouvre ses bras et se comporte avec eux "comme
si les eut portés dedans son ventre". Malheureusement, elle n'obtient
en retour qu'indifférence. Les deux aînés, le dauphin François et le petit duc
Henri d'Orléans, le futur Henri II, ont été très marqués par leur captivité
en Espagne, de mars 1526 à juillet 1530, en échange de la libération de François
1er, prisonnier de Charles Quint. Si le premier, d'un caractère gai, aimable
et spontané, manifeste un peu de gentillesse, le second présente toujours un
visage fermé, reste muré dans une haine farouche. Quant à Madeleine, Charles
et Marguerite, bien que très jeunes, ils ont trop entendu leur entourage honnir
cette Espagne qui a retenu dans ses geôles leur père, puis leurs frères. Par
ailleurs, l'existence de ces enfants est organisée depuis longtemps. Ils ont
leur Maison, leurs serviteurs, leurs compagnons de jeux, leurs gouverneurs et
leurs précepteurs, le tout supervisé par Marguerite d'Angoulême, la soeur de
François 1er, qui veille sur l'éducation de ses neveux et nièces depuis la mort
de leur grand-mère, Louise de Savoie, et de leur mère, Claude de France. L'amour
qu'elle leur prodigue ne laisse aucune place à Eléonore d'Autriche, considérée
comme une étrangère.
Avec sa belle-soeur, de six ans son aînée, la reine ne
parvient pas non plus à établir une relation amicale. Depuis 1527, Marguerite
d'Angoulême est mariée à Henri d'Albret, roi de Navarre, rescapé de Pavie et
évadé des prisons ibériques. Obsédé par la récupération de la Navarre espagnole,
il compte sur la guerre pour y parvenir; et son épouse le soutient, ne serait-ce
que pour préserver les droits de leurs futurs enfants. De toute évidence, leurs
intérêts sont à l'opposé de ceux d'Eléonore, qui veut préserver la paix entre
son époux et son frère. Au plan religieux aussi, l'attitude des deux femmes
diffère. Très pieuse, sans être mystique, Eléonore pense que les sujets doivent
avoir la même religion que leur souverain et que les idées introduites par Martin
Luther sont le ferment de fâcheux désordres. Marguerite, elle, protège les tenants
de la Réforme, prône l'oecuménisme, est la cible d'une attaque en règle de la
faculté de théologie. S'abstenant de porter tout jugement, la reine ne comprend
pas sa belle-soeur et se tient à l'écart. D'ailleurs de quelle reine s'agit-il?
Les chroniqueurs évoquent constamment deux souveraines, et celle de Navarre
éclipse toujours celle de France. A la Cour, Marguerite fait figure d'hôtesse,
de maîtresse de maison. Elle est toujours associée à la réception des ambassadeurs,
s'occupe d'oeuvres de charité, est l'inspiratrice et la protectrice des poètes,
surpasse sa belle-soeur en beauté et en intelligence. Ainsi isolée, Eléonore
d'Autriche se fait une raison et s'enferme dans son rôle de reine en perpétuelle
représentation. Dotée d'une excellente santé, elle peut suivre sans fatigue
la caravane royale, qui parcourt sans cesse les routes du royaume. Elle participe
aux cortèges, aux défilés, aux feux de joie, aux festins, tentant de s'étourdir
pour oublier son triste sort.
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