LES MEROVINGIENS

CHARLES MARTEL, CHEF D'ETAT

 

CHARLES MARTEL RESTAURATEUR DE L'ETAT FRANC

Seul maire du palais des royaumes réunifiés d'Austrasie, de Neustrie et de Burgondie, Charles Martel entreprend de restaurer l'unité, l'autorité et la puissance de l'Etat franc. Par une politique de laïcisation des biens ecclésiastiques, il s'assure de la fidélité de ses vassaux, membres d'une puissante aristocratie militaire qu'il emploie à pacifier les frontières de l'est et à soumettre les peuples germains.

Depuis qu'il a définitivement battu l'aristocratie neustrienne rebelle en 724, Charles Martel, unique maire du palais, est le maître des royaumes d'Austrasie, de Neustrie et de Burgondie réunis. Et il gouverne en véritable roi, même si le mérovingien Thierry IV, un enfant d'une dizaine d'années, est encore sur le trône. Sitôt ses adversaires vaincus, il a entrepris de lutter contre l'anarchie, de restaurer l'unité, l'autorité et la puissance de l'Etat franc. Pour ce faire, il s'appuie sur sa famille, sur ses proches et sur une aristocratie qui lui doit sa fortune.

S'il veut régner en maître, Charles Martel doit s'assurer la neutralité, voire la fidélité, de la puissante institution qu'est l'Eglise franque. Aussi il s'emploie à remplacer les évêques et les abbés qui lui sont hostiles, particulièrement en Neustrie, par des hommes dont il est certain d'obtenir un soutien sans aille. A Rouen, il démet Waddon, l'abbé de Fontenelle, et confie le siège épiscopal à un de ses neveux, Hugues, qu'il place également à la tête de l'évêché de Bayeux, puis de celui de Paris. Au Mans, le laïc Claviré succède à l'évêque Erlemond. L'abbaye de Nantes est confiée au comte Agathée, celle de Corbie à Grimo, ambassadeur de la famille pépinnide auprès du Saint Siège. Usant sans restriction de son pouvoir et de son autorité, le maire du palais destitue de nombreux prélats et, parfois, les fait emprisonner. Cependant, conscient du fait que de bonnes relations avec Rome sont essentielles, il pose les fondements d'une alliance avec l'Eglise sur laquelle ses successeurs, Pépin le Bref, puis Charlemagne, bâtiront la puissance carolingienne. A l'évêque missionnaire Boniface, que le pape Grégoire II a chargé d'évangéliser les peuples germains, il accorde tout son soutien. Et "l'apôtre de la Germanie" n'hésite pas, à l'occasion, à demander le concours des armées franques...
Soutenir la mission de Boniface en Germanie n'est qu'une des facettes de la politique menée par Charles Martel pour rétablir l'autorité franque aux frontières de l'est. De même, le maire du palais délègue le missionnaire espagnol Pirmin en Alémanie, dans le dessein de contrecarrer les tentatives de rebellion du fougueux duc de Lantfrid.
Bien que le prélat ait échoué et ait été chassé, Charles Martel arrive à ses fins et, en 730, supprime le duché d'Alémanie. A la tête d'une puissante armée, il maintient et étend son pouvoir en Frise. La région est définitivement pacifiée. Les Saxons sont vaincus, la Thuringe et la Bavière soumises.

Depuis trois siècles, les domaines des Mérovingiens, ont, à force de donations, fondus comme neige au soleil. Par le biais de sa politique de laïcisation des biens de l'Eglise, Charles Martel va disposer de nouvelles terres et s'attacher la fidélité de ses vassaux. A ces grands, qui sont l'élite d'une cavalerie puissante et nombreuse, il concède les domaines et les revenus ecclésiastiques. Issu de la recommandation domestique, par laquelle un homme libre réclame la protection d'un puissant en échange de sa fidélité, le lien de vassalité, dont les lois des Alamans et des Bavarois font alors pour la première fois mention par écrit, se profile.
L'institution des bénéfices ecclésiastiques (sous le nom de "précaire"), ainsi que les champs de mars, réunis sous l'autorité du maire du palais, favorisent la naissance d'une aristocratie militaire et ouvrent la voie au régime féodal.
Ces succès, tant de chef d'Etat que de chef de guerre, vont donner à Charles Martel les moyens et l'autorité suffisante pour mener le combat contre un nouvel ennemi qui menace le royaume franc. Dans le Midi, en Aquitaine, dans le Languedoc et la vallée du Rhône, les Maures musulmans (ces redoutables Infidèles sarrazins) lancent des razzias de plus en plus fréquentes.

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