LES CAPETIENS
LOUIS IX, CHEF D'ETAT
La
"Mise d'Amiens"
(Juillet 1260 - 24 janvier 1264)
LES ANGLAIS S'EN REMETTENT A LOUIS IX
Alors que le roi Henry III n'entend pas laisser ses barons usurper le pouvoir, l'Angleterre est en proie à la guerre civile. Pour le souverain, comme pour ses adversaires du parti réformiste, la seule solution possible semble être de s'en remettre à l'arbitrage de Louis IX. Dès juillet 1260, le Capétien s'est montré préoccupé par les difficultés de son beau-frère Plantagenêt et, officiellement sollicité à la fin de l'année 1263, devra rendre son verdict lors de la "mise d'Amiens".
En juin 1258, en échange des subsides qu'ils
sont prêts à accorder au roi Henry III pour qu'il puisse faire la conquête du
royaume de Sicile, la Cour et les barons d'Angleterre ont adopté les "Provisions
d'Oxford". Par cette charte gouvernementale, le souverain voit son autorité
battue en brèche et son pouvoir strictement limité. Mais il n'a nulle intention
de se laisser mettre sous tutelle par le parti des réformistes, conduit par
son gendre, Simon de Montfort, et par le comte Richard de Gloucester.
En
France, Louis IX, qui pendant toute la première partie de son règne a dû lutter
contre les grands féodaux rebelles à son autorité, ne peut rester indifférent
au difficultés de son beau-frère Plantagenêt et à la "guerre des barons"
qui se développe Outre-Manche.
En 1260, le Capétien charge l'archevêque
de Rouen Eudes Rigaud et le chevalier Jean d'Harcourt de se rendre auprès du
roi d'Angleterre. Au mois de juillet, les deux émissaires français obtiennent
du Plantagenêt qu'une commission soit mandatée pour régler la querelle qui l'oppose
à ses barons. Mais Henry III reste méfiant à l'égard de Louis IX et préfère
éviter toute ingérence de la France dans les affaires de son royaume. Il lui
semble moins périlleux de se tourner vers Rome et de chercher de l'aide auprès
du souverain pontife. Le 14 avril 1261, il obtient satisfaction : le pape Alexandre
IV le délie de son serment d'Oxford, en rappelant au passage que seul un souverain
a le droit de se prétendre "seigneur des lois". Mais les barons du
parti réformiste refusent de se soumettre à la décision du Saint Siège.
En
Angleterre, entre le roi et ses adversaires, la guerre civile fait rage. Le
conflit est aggravé par les dissensions qui se multiplient au sein de l'un et
l'autre parti; même la famille royale est divisée. Henry III est si peu confiant
en l'avenir, qu'au mois de mai, il envoie en France les joyaux de la Couronne
anglaise, qu'il confie à la garde de sa belle-soeur la reine Marguerite de Provence.
Au début de l'année 1263, il lui fera également remettre son Trésor. La situation
semble sans issue. Tant et si bien que les deux camps finissent par demander
à Louis IX de s'entremettre.
Outre-Manche, depuis que le traité de Paris,
signé en mai 1258, a permis le règlement du contentieux franco-anglais, le Capétien
jouit d'un immense prestige. En outre au cours de nombreux arbitrages qu'il
a rendus entre ses vassaux, voire entre le Pape et l'Empereur, il s'est acquis
une réputation de sagesse et d'équité à nulle autre pareille. En 1263, le roi
et la reine de France quittent leur palais du Louvre pour Boulogne sur Mer.
C'est là, que, au mois de septembre, ils président les conférences de paix auxquelles
prennent part Henry III, son épouse la reine Aliénor de Provence et le comte
de Leicester, Richard de Gloucester étant mort l'année précédente.
Mais toutes
les tentatives de conciliation échouent. Même les sages interventions des deux
soeurs, les reines Marguerite et Aliénor, ne peuvent permettre de trouver un
arrangement et, Outre-Manche, la guerre civile se rallume. Trois mois plus tard,
le roi d'Angleterre et ses adversaires décident de s'en remettre formellement
à l'arbitrage (en langage juridique, la "mise") de Louis IX.
Le
Capétien convoque les représentants des deux camps pour le mois de décembre
à Amiens. A sa demande, chacune des factions fait rédiger un mémoire dans lequel
sont soigneusement consignés arguments et griefs. Simon de Leicester, victime
d'un accident de cheval, ne peut comparaître en personne, aussi le roi de France
lui envoie-t-il ses procureurs. Henry III voit là un signe du destin. En compagnie
de plusieurs de ses vassaux qui lui sont restés fidèles, il s'empresse de se
rendre sur le continent pour y être entendu par son royal beau-frère, qui doit
rendre son verdict à la mi-décembre.
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